|
Un aspect moins connu de Victor Hugo :
peintre, dessinateur
Léopoldine, dessinée par Victor Hugo
Autodidacte
Hugo n'hésite pas à utiliser les méthodes les plus rustiques ou expérimentales :
il mélange à l'encre le café noir, le charbon, la suie de cheminée,
peignant du bout de l'allumette ou au moyen des barbes d'une plume.
Ses œuvres sont, en général, de petite taille et il s'en sert tantôt pour illustrer ses écrits,
tantôt pour les envoyer à ses amis pour le jour de l'an ou à d'autres occasions.
Cet art, qu'il pratiquera toute sa vie, le divertit.
Au début, ses travaux sont de facture plutôt réaliste;
mais avec l'exil et la confrontation mystique du poète avec la mer,
ils acquerront une dimension presque fantastique.
Cette facette du talent d'Hugo n'échappera pas à ses contemporains
et lui vaudra les louanges, notamment, de Charles Baudelaire :
« Je n'ai pas trouvé chez les exposants du Salon la magnifique imagination
qui coule dans les dessins de Victor Hugo comme le mystère dans le ciel.
Je parle de ses dessins à l'encre de Chine,
car il est trop évident qu'en poésie, notre poète est le roi des paysagistes».
"Souvenirs d'Anvers"
s"
Plume, encres brune et noire et lavis, fusain, rehauts de gouache blanche, pochoir, sur papier beige
Ce dessin est sans doute lié au départ de Victor Hugo et son fils Charles :
ils quittèrent Bruxelles le 31 juillet 1852 d'où ils gagnèrent Anvers pour y embarquer pour Londres.
Comme l'écrivit alors Hugo à sa femme Adèle, "une foule immense encombrait le quai",
parmi lesquels se trouvait Alexandre Dumas.
Dans un poème des Contemplations qu'il lui a dédié,
on retrouve l'atmosphère de ce dessin :
"Et le vaisseau fuyait, et la terre décrut ; L'horizon entre nous monta, tout disparut ;
Une brume couvrit l'onde incommensurable."
Le voyage devint bientôt un de ses thèmes de prédilection.
En effet, au-delà du goût exacerbé du pittoresque propre aux Romantiques,
le poète percevait dans les paysages une harmonie entre “l’intelligence de l’âme”
et celle de la nature, et tentait de les fixer sur le papier.
Dessiner est alors une manière d’exprimer cet
“autre paysage intérieur que nous nommons la rêverie”.
Pour ce faire, l’écrivain n’abandonne pas sa plume.
En effet, si certains traits sont soulignés au fusain,
certaines ombres relevées à l’aquarelle,
l’essentiel du travail se fait à l’encre, les autres matériaux étant surajoutés.
Cette technique lui valut d’ailleurs d’être traité de “gribouilleur”.
"La tour de l'Hermitage, dans un paysage imaginaire"
Dans ses paysages escarpés et torturés, les apports de couleurs
se limitent à des nuances de brumes, au soulignement d’une pierre ou d’une vague.
Mais toujours cette palette étroite accentue la spontanéité du trait.
Car, selon les dires de Victor Hugo, cet exercice demeure un délassement
“entre deux strophes” qui n’a pas grande importance.
1847 "Château dans les arbres", écran insoluble incolore
avec superposition de pigment sec gris, encres brunes, crayon graphite.
540 cm x 407 cm
En voyage, le poète prend des notes dans des carnets et des albums de dessins,
de la rapide esquisse faite sur place à l'épure achevée plus tard,
du croquis à la mine de plomb au lavis aquarellé, tel "Beaufort" ci-dessous
"Beaufort
Cependant, en 1850, lors de la crise politique doublée de la tristesse causée
par la mort de sa fille, Léopoldine, le dessin devint un refuge pour l’artiste.
Incapable d’écrire, il reporta sa créativité dans le domaine pictural,
et produisit de nombreuses œuvres, reflets d’une âme angoissée par la finitude humaine.
Contrairement à son œuvre écrite,
les dessins de Victor Hugo ne louent pas la grandeur de l’Homme.
Si celui-ci est représenté, ce n’est plus dans sa force d’âme et de caractère,
mais sous une forme chétive, léger bateau ballotté par les flots,
terrassé par une nature qui le submerge et l’écrase.
Dans sa retraite sur les îles anglo-normandes,
et davantage du haut de son belvédère de l’île de Guernesey,
Hugo dispose en matière de nature déchaînée d’un modèle inégalable : l'Océan.
Et c’est pourquoi, sous sa plume, on peut ressentir un certain vertige,
celui qui sans doute le prit face à cette force incommensurable.
Si la grandeur humaine s’estompe, la force d’imagination de l’artiste elle, demeure.
"Le phare"
Habile à représenter des ruines, esquisser un château sous une nappe de brume,
ou suggérer le gouffre noir du ventre de la mer,
Hugo n’en est pas pour autant un peintre réaliste.
De ses œuvres se dégage un effet un souffle de surnaturel.
Le sujet, qu’il soit sauvage ou architectural, semble doué de vie,
animé d’une force profonde et insondable.
On retrouve ainsi le même mysticisme présent dans son œuvre littéraire,
qui su changer l’Océan en force supérieure et les vieux bourgs en monarques.
"Pieuvre" avec initiales
L’ensemble de cette œuvre picturale, qui comprend 3500 dessins créés entre 1830 et 1876,
couvre donc une faible part de la vie et du travail de l’artiste.
Pourtant, ses dessins suscitèrent l’engouement,
prenant une ampleur dont Hugo ne voulait pas.
C’est pourquoi il minimisa leur importance,
craignant de voir son œuvre écrite concurrencée.
Cependant, il ne put échapper à la postérité.
Ces “simples délassements” lui échappèrent en effet bien vite, jugés visionnaires,
puis détournés en revendications de “l’art pour l’art” par les Parnassiens.
Les Surréalistes eux-mêmes, pourtant hostiles au “classicisme” du poète,
admirèrent ses œuvres picturales, et notamment ce qu’il nommait ses
“silhouettes fantastiques”, proches selon eux des dessins automatiques.
Celles-ci consistaient en expériences autour de taches d’encre,
dans lesquelles Hugo distinguait une architecture complexe et ordonnée.
Homme de Lettres, il voyait déjà les couleurs, savait capter les tempêtes.
Par ses dessins, c’est donc aussi sa vision du monde qu’esquisse Victor Hugo,
laissant par la magie du trait se développer son imagination.
Etats d’âmes, questionnements et fascinations s’y expriment,
peut-être plus lisiblement que dans ses écrits,
et ouvrent au lecteur une fenêtre sur l’âme de cet emblématique et singulier auteur.
"Le Burg à la croix" 1850. Crayon graphite, plume et pinceau, encre brune,
écran soluble incolore avec superposition d'encre noire indélébile (crucifix),
écran lépreux avec superposition de pigments secs noirs (burg),
écran soluble noir avec superposition de pigment sec gris
(pont et première tour à gauche),
crayon lithographique noir, gouache blanc, encre dorée,
grattoir et espèce de poinçon (72,3 x 125,8 cm)
"Crépuscule" à Jersey 1853-55
"Charrette à raccomoder", Vianden
"Steamer avec machine à l'avant aperçu en 1863, durant le trajet Douvres-Ostende"
tel est ce qu'à écrit l'auteur mais il a finalisé le dessin
sur du papier du Théâtre de la Gaité, en 1871 :
plume, pinceau, encres violette et brune.
"Le gai château" 1897 plume, encre noire, encre brune, pinceau,
écran soluble incolore avec superposition de pigment sec, grattoir
et espèce d'aiguille, 158 cm x 22,2 cm
En effet, au-delà du goût exacerbé du pittoresque propre aux Romantiques,
le poète percevait dans les paysages une harmonie entre
l’intelligence de l’âme et celle de la nature, et tentait de les fixer sur le papier.
Dessiner est alors une manière d’exprimer cet
“autre paysage intérieur que nous nommons la rêverie”.
Pour ce faire, l’écrivain n’abandonne pas sa plume.
En effet, si certains traits sont soulignés au fusain,
certaines ombres relevées à l’aquarelle,
l’essentiel du travail se fait à l’encre, les autres matériaux étant surajoutés.
Cette technique lui valut d’ailleurs d’être traité de “gribouilleur”.
Dans ses paysages escarpés et torturés,
les apports de couleurs se limitent à des nuances de brumes,
au soulignement d’une pierre ou d’une vague.
Mais toujours cette palette étroite accentue la spontanéité du trait.
Car, selon les dires de Victor Hugo, cet exercice demeure un délassement
“entre deux strophes” qui n’a pas grande importance.
"Portique", plume, encres brune et noire et lavis, crayon de graphite,
grattages, zones frottées, sur papier à grain, Maison de V.Hugo à Paris
Cependant, en 1850, lors de la crise politique
doublée de la tristesse causée par la mort de sa fille,
le dessin devint un refuge pour l’artiste.
Incapable d’écrire, il reporta sa créativité dans le domaine pictural,
et produisit de nombreuses œuvres,
reflets d’une âme angoissée par la finitude humaine.
Ma Destinée, 1867, 17,4 x 25,9 cm, Paris, Maison de Victor Hugo,
plume et lavis d’encre brune, gouache, sur papier vélin.
Contrairement à la plupart des marines,
celle-ci ne présente pas un navire luttant contre le courant, mais porté par la vague ;
elle est comme l'équivalent graphique des propos de Victor Hugo dans son discours
Aux marins de la Manche :
"en proie aux événements comme vous aux vents,
je constate leur démence apparente et leur logique profonde ;
je sens que la tempête est une volonté, et que ma conscience en est une autre,
et qu'au fond elles sont d'accord ; et je persiste, et je résiste,
et je fais mon devoir, pas plus ému de la haine que vous de l'écume."
, la foule lou e et blâme ;
"La souris" 1840, crayon graphite, encre brune, plume et pinceau, 27,5 cm 22 cm
Une humble goutte d'eau de fleur en fleur tombée, Un nuage, un oise au, m'occupent tout un jour. La contemplation m'emplit le coeur d'amour. "L'Exil"
"Malines" 1837, crayon graphite
"La tour des rats" 1847
Sources textes variées, dont la principale provient de : P. Vallée
recherche des oeuvres : Harmony
http://www.poesiehalique.com/categorie-10297986.html
Je ne puis que vous inviter à feuilleter
les deux premiers volets de ce mini cycle :
V. Hugo, sa vie son oeuvre
V. Hugo dans l'intimité de ses maisons
ainsi que l'album de photos sur les femmes de sa vie.
Peinture réalisée à l'occasion du bicentenaire de sa naissance
|